Qu’est-ce que le radon ?

Le radon (symbole chimique Rn) a été découvert en 1900 par le physicien allemand Friedrich Ernst Dorn. C’est un gaz radioactif d’origine naturelle appartenant à la famille des gaz rares (hélium, néon, krypton…). Il est dense, huit fois plus lourd que l’air. Dans des conditions de température et de pression standards, le radon est inodore, incolore et chimiquement inerte mais il présente une radiotoxicité importante. Le radon 222 est émetteur de particules α issues de la désintégration du radium 226, provenant elle-même de la désintégration de l’uranium 238.

Le radon se trouve en quantité faible et variable dans tous les sols et roches de la croûte terrestre, ainsi que dans de nombreux matériaux de construction. Certains types de roches à dominante granitique ou schisteuse en contiennent davantage mais il n’est pas négligeable dans des terrains calcaires. Cependant, des anomalies ont été relevées en dehors de ces zones, par exemple dans des secteurs sédimentaires comportant des failles.

Le radon migre vers l’atmosphère via la porosité des roches et du sol mais il peut aussi être dissous dans l’eau souterraine et circuler avec elle. Malgré sa période radioactive relativement courte (la radioactivité d’une quantité donnée de radon 222 diminue de moitié en 3,82 jours), une partie du radon parvient à migrer dans les sols depuis les roches qui lui ont donné naissance pour atteindre l’air que nous respirons. A l’air libre le radon se dilue rapidement et sa concentration moyenne reste généralement faible, le plus souvent inférieure à une dizaine de Bq/m³ (becquerel par mètre cube).

Bon à savoir…

L’unité de mesure de l’activité radioactive du radon dans l’air est le becquerel par mètre cube (Bq/m³). 1 Bq correspond à une désintégration par seconde.

Dans des lieux confinés tels que les grottes, les mines souterraines mais aussi les bâtiments en général, et les habitations en particulier, le radon peut s’accumuler et atteindre des concentrations élevées atteignant parfois plusieurs milliers de Bq/m³.

 

Le radon dans l’environnement

Le radon est produit partout à la surface de la Terre à partir de l’uranium contenu dans les roches du sous-sol. L’émission vers l’atmosphère dépend de deux facteurs : les conditions météorologiques et les propriétés des sols et des roches.

  • Les conditions météorologiques
    Elles sont l’une des causes de la variation de la concentration en radon, dans le temps et en un lieu donné. En effet, ces conditions (vent, soleil, pluie, froid, etc.) vont modifier l’émission, à partir du sol, du radon dans l’atmosphère.
  • Les propriétés des sols et des roches
    La concentration en radon varie d’un lieu à l’autre selon la teneur en uranium naturel du sous-sol. La nature des roches est l’un des principaux paramètres influençant l’émission du radon dans l’atmosphère.

Le radon dans l’eau

L’eau souterraine passe souvent au travers de roches renfermant de l’uranium naturel et du radium produisant du radon, lequel se dissout facilement dans l’eau. L’eau provenant de puits ou de forages profondément creusés contient normalement des concentrations de radon beaucoup plus élevées que les eaux de surface des rivières, lacs ou ruisseaux. Le radon dissous dans l’eau est facilement volatil et, il s’en échappe rapidement dès que celle-ci est en contact avec l’air libre. Tout comme l’aération des bâtiments permet d’éviter l’accumulation de radon dans l’air, le dégazage de l’eau atténue presque totalement le risque d’exposition par ingestion.

En ce qui concerne l’eau de boisson, les directives de qualité de l’Union européenne recommandent de mettre en place des contrôles, des dosages répétés par exemple, si le radon dépasse 100 Bq/l dans le système public d’approvisionnement.

Le radon dans les bâtiments

La concentration en radon dans l’air d’un bâtiment dépend non seulement des caractéristiques du sol mais aussi de ses caractéristiques architecturales et de sa ventilation. Elle fluctuera selon les habitudes des occupants en matière d’aération et de renouvellement de l’air intérieur. Ainsi au cours d’une même journée, la concentration en radon dans une pièce variera en fonction de l’ouverture des portes et des fenêtres telle qu’illustrée sur le graphique ci-après :

Les parties directement en contact avec le sol (cave, vide sanitaire, planchers du niveau le plus bas, etc.) sont celles à travers lesquelles le radon pénètre dans le bâtiment avant de gagner les pièces occupées. L’infiltration du radon est facilitée par la présence de fissures, le passage de canalisation à travers les dalles et les planchers, etc.

Bon à savoir…

La concentration en radon sera d’autant plus élevée que le bâtiment est mal ventilé et que l’air intérieur sera confiné.

Radiotoxicité et risques pour la santé

En se désintégrant, le radon émet des particules alpha et engendre ainsi des descendants eux-mêmes radioactifs (polonium 218, plomb 214, bismuth 214, etc.). Le risque sanitaire du radon n’est pas lié au gaz lui-même mais à ses produits de filiation. Fixés ou non sur les aérosols atmosphériques, les descendants du radon peuvent alors être inhalés et se déposer dans l’arbre broncho-pulmonaire, plus ou moins profondément, selon leur taille.

Bon à savoir…

La radioactivité, découverte en 1896 par Henri Becquerel, est le phénomène physique par lequel des noyaux atomiques instables (appelés radionucléides ou radioisotopes), se transforment spontanément en d’autres atomes, via un processus de désintégration, en émettant simultanément des particules de matière (électrons, noyaux d’hélium, neutrons, etc.) et de l’énergie (photons et énergie cinétique).

Lors du processus de désintégration, le noyau instable appelé « père » atteint ainsi la stabilité par une succession de désintégrations. Chaque étape est caractérisée par un état intermédiaire correspondant à un radioisotope appelé « fils » de l’élément père. Les « fils » peuvent être aussi appelés « descendants », ces deux termes étant similaires.

Le radon 222 est une des étapes de la désintégration d’un radioisotope (uranium 238) menant à l’obtention d’un élément chimique dont le noyau atomique est stable et, par conséquent, non radioactif (plomb 206).

Le point fait aujourd’hui consensus : le radon présent dans l’air intérieur de nos maisons augmente le risque de cancer du poumon. Il est d’ailleurs classé par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) comme cancérigène certain pour le poumon depuis 1987. C’est ce risque qui motive la vigilance à l’égard du radon dans les habitations et autres locaux.

Après le tabac, le radon est la deuxième cause de cancer du poumon en Belgique. Pour une même exposition au radon, le risque de développer un cancer sera nettement plus élevé pour un fumeur à cause des effets nocifs du tabac se combinant à ceux du radon, ce qui est souvent méconnu du grand public. Initialement, un risque accru de cancer du poumon a été reconnu pour les mineurs exposés à des concentrations élevées de radon dans les mines d’uranium. Par extrapolation, il a été suggéré que les habitants de régions à concentration élevée de radon sont également exposés à ce même risque.

En Belgique, le radon émanant du sol et rendant légèrement radioactif l’air que nous respirons est responsable d’environ 40% de l’irradiation subie par la population. Le complément est dû au rayonnement cosmique, au rayonnement émis par les matériaux présents dans notre environnement ainsi qu’à l’absorption de particules radioactives, d’origine naturelle, présentes dans l’air que nous respirons et dans la nourriture que nous ingérons. Pour un lieu donné, la dose reçue dépend à la fois de la concentration en radon et de la durée d’exposition.
Ainsi, il est plus « risqué » de passer sa vie dans une maison avec une concentration moyenne que de passer quelques heures dans un bâtiment où la teneur est très élevée.

Normes et niveau de référence

Suite à l’abaissement du niveau de référence imposé par la Directive européenne 2013/59/Euratom, le niveau de référence en Belgique depuis janvier 2018 est de 300 Bq/m³ pour les bâtiments existants (avant cette date, il était de 400 Bq/m³) et 200 Bq/m³ pour les bâtiments neufs. Il s’agit de la concentration en radon au-delà de laquelle il convient d’éviter toute exposition prolongée. Suite à cet abaissement du niveau de référence, l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire (AFCN) estime que le nombre de bâtiments concernés devrait ainsi passer de 21 000 à
36 000, soit une augmentation de plus de 70%. Cette projection est interpellante quand on sait que le radon cause annuellement environ 480 nouveaux cas de cancer du poumon en Belgique (7% du nombre total des cancers du poumon).

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) va encore plus loin. En l’état actuel des moyens de dépistage et des connaissances scientifiques, elle recommande la prudence dès qu’on atteint une concentration en radon de 100 Bq/m³, un niveau susceptible de concerner l’ensemble du territoire belge, surtout le sud du pays.

Comme illustré sur la carte ci-dessus, plusieurs communes de Wallonie comportent des zones de concentration en radon allant d’élevées à très élevées. Si vous souhaitez connaître le taux moyen de radon dans votre commune, utilisez la carte interactive du site de l’AFCN.

Le risque étant d’autant plus faible que la concentration est basse, il est, de manière générale, pertinent de chercher à réduire les concentrations en radon aussi bas que possible quel que soit le niveau mesuré. C’est particulièrement vrai pour les pièces dans lesquelles vous séjournez pendant des durées importantes.

Réduire les risques

La première étape consiste en une évaluation de la concentration de radon à l’intérieur de l’habitation. A noter que la mesure du radon à court terme peut faire partie de notre expertise géobiologique : nous utilisons pour ce faire un moniteur de radon à chambre d’ionisation capable de fourir une première évaluation fiable après seulement une heure.

Vous pouvez également vous rapprocher des autorités compétentes (l’Agence fédérale de Contrôle nucléaire, la Cellule Régionale d’Intervention en Pollution Intérieure de Bruxelles Environnement ainsi que les cinq provinces wallonnes via leurs Services d’Analyse des Milieux Intérieurs) qui organisent des campagnes de dépistage du radon Action Radon, entre octobre et fin décembre, afin de sensibiliser la population. Dans ce cas, la mesure se fait à l’aide d’un petit détecteur pendant une période de trois mois, après quoi ce dernier doit être retourné en laboratoire pour analyse du résultat.

Si la mesure met en évidence une concentration élevée de radon (>300 Bq/m³), il est alors nécessaire d’envisager des actions correctrices. Cette seconde étape conduit à l’exploration de trois pistes importantes :

  • L’amélioration de l’étanchéité entre sol et habitation afin de limiter les entrées de radon vers l’intérieur;
  • L’amélioration de la ventilation du logement afin de garantir un renouvellement d’air efficace et suffisant qui assurera la dilution du radon présent (on évitera d’ailleurs d’obturer temporairement ou définitivement les orifices de ventilation);
  • L’amélioration du système de chauffage si celui-ci favorise le transfert du radon vers la partie occupée de votre habitation.

Lors de la construction d’un nouveau bâtiment, des mesures préventives de protection contre le radon devront être mises en œuvre (membrane pare-radon, isolation au passage des conduites, pose de puisards, etc.).

Références documentaires

[1] Le risque radon dans les habitations en 10 questions (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire – IRSN, France)

[2] Le radon (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité – CRIIRAD, France)

[3] Radon: dès 2018, une nouvelle norme classera 80% d’habitations supplémentaires en zone à risque (Article rtbf.be – Jean-Claude Hennuy – 4 décembre 2016)

[4] Dossier d’information – Radon et radioactivité dans votre habitation (afcn.fgov.be)

[5] Wikipedia.org

[6] Le radon 222 et ses descendants à vie courte dans l’environnement atmosphérique : origine et méthodes de mesure. (Charuau et al. – Radioprotection 1996, Vol. 31, n° 3, pages 371 à 388)

[7] Les données de l’IBGE: « Interface Santé et Environnement » – 31. Le radon